En Écosse, les député•es de gauche ont reçu énormément de courriers, ce qui a participé dans leur décision de rejeter le texte en mars dernier.

Madame, Monsieur le député·e,

Vous vous apprêtez à vous prononcer de façon décisive, le 15 juillet prochain, sur la proposition de loi relative à « l’aide à mourir », qui propose de légaliser en France l’euthanasie et le suicide assisté.

Or, cette proposition de loi, qui ne concerne plus seulement les situations exceptionnelles de « fin de vie », risque de mettre gravement en danger de nombreuses personnes malades et handicapées dont les problèmes de santé peuvent être graves ou mortels, sans nécessairement être « en phase terminale. », c’est-à-dire sans que leur mort soit imminente, ni même prévisible.

Dans une société en plein effondrement social, dans laquelle l’hôpital est à l’agonie, les aides humaines et matérielles à domicile dramatiquement insuffisantes, et où le handicap, la vieillesse, la dépendance conduisent à l’exclusion, il ne fait aucun doute que des personnes malades, handicapées et âgées demanderont à mourir non par réelle volonté de mettre fin à leurs jours, mais parce qu’elles n’auront plus les moyens de se soigner, de vivre dignement ou d’échapper à des souffrances auxquelles la société pourrait pourtant remédier.

Invoquer la liberté individuelle ou l’instauration d’éventuels « remparts » ne suffira pas à écarter ce risque. Aucune garantie, quelle qu’elle soit, pas même la suppression du délit d’entrave « à l’aide à mourir », ne pourra sécuriser ce texte ou empêcher que des personnes se tournent vers ce dispositif par défaut, ni qu’il soit progressivement étendu à toujours davantage de malades.

Les exemples étrangers, notamment celui du Canada, le démontrent. Dans tous les pays ayant déjà légalisé le suicide assisté ou l’euthanasie, les restrictions initiales ont progressivement été supprimées. Il a également été constaté que les inégalités sociales et les difficultés d’accès aux soins pèsent lourdement dans les demandes.

En tant qu’élu·es de gauche vous avez une responsabilité particulière. Dans une période où les idées fascisantes et eugénistes se déploient sans complexe, dans laquelle le système économique et l’effondrement de la santé publique fragilisent les personnes malades et handicapées, tout en augmentant leur nombre, vous ne pouvez prendre le risque de les exposer davantage au danger avec le vote de ce texte. Son adoption ne constituerait pas un progrès social mais consacrerait l’abandon des personnes malades et handicapées à leur sort.

Il est de votre devoir de faire primer la raison sur l’émotion et le principe de précaution sur toute autre considération. En Écosse, des parlementaires majoritairement progressistes ont récemment refusé d’adopter un texte similaire après avoir entendu les alertes des personnes malades et handicapées opposées à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie.

En France, il est encore temps pour la gauche de ne pas se rendre complice de cette réforme.

C’est pourquoi je vous demande de voter contre cette proposition de loi.